« On a grandi avec le foot, le stade. Ça dépasse tout, même la religion. Au stade, on est libre »

     En Algérie, le foot est partout. C'est le sujet favoris d'une jeunesse qui s'ennuie et qui ne se reconnaît ni dans l'état, ni dans ses institutions. Entre petits boulots, débrouille, les mœurs qui se radicalisent, elle est en proie à toutes les frustrations dans un pays où le droit de manifester dans la rue est quasi interdite.

     Pourtant, un espace échappe à cette fatalité. Le stade devient une fois par semaine fureur et défoulement. Mais cela dépasse de très loin les pratiques partisanes que l'on retrouve chez tous les supporters. Ensemble, ils existent. Ils chantent le chômage, la pauvreté, l’Europe où ils rêvent d'aller. Ils défient l’état ou les généraux qu'ils tiennent responsables de la ruine du pays. Ils affirment leur appartenance à leur quartier, véritable identité empreinte des valeurs qui jadis libérèrent l’Algérie  mais qui ont, à leurs yeux, été trahis par le pouvoir. Au stade, ils goûtent à la liberté.

     Si pendant des années, le pouvoir a instrumentalisé le football pour éloigner la population de la politique, aujourd'hui, l'outil lui échappe. Comme au temps de la colonisation, le stade est de nouveau un espace de consolidation nationale et de résistance. Le cirque romain désiré est mort, pour laisser place à l'agora grecque. Le temps d'un match...
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